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Association des Professionnels de Santé Exerçant en Prison

Tabagisme et manifestations buccales - C. Raad 2003

Tabagisme

et manifestations buccales

Montpellier 15-17 Mai 2003
 


Tabagisme

et manifestations buccales

Montpellier 15-17 Mai 2003

La cigarette est un fléau en milieu carcéral. On constate qu’elle fait partie de l’univers fermé du détenu et qu’elle finit par l’enfermer dans un état de dépendance dont il est difficile de s’échapper.
En effet la cigarette serait l’un des passe - temps favoris du détenu, il fume pour tuer le temps qui s’éternise derrière les barreaux.
Parfois, le premier contact avec le tabac a eu lieu avec la première cigarette offerte, un geste de sympathie, une façon de lui souhaiter la bienvenue à l’arrivée en prison.
Parfois, une cigarette « tournante » dans la salle d’attente est à l’origine de la première bouffée.
Ensuite, c’est la cigarette anti-stress, la cigarette pour se réchauffer, la cigarette coupe- faim, la cigarette café, la cigarette détente. La cigarette plaisir….
Et de cigarette en cigarette, c’est un paquet ou deux parfois plus qui sont fumés par jour, c’est le début de l’addiction.
On observe que la cigarette en prison est un moyen de troc pour service rendu, une monnaie d’échange. Elle constitue, la tentation de tous les moments quand l’ennui commence à s’installer, ou quand les peines de cœur surgissent, après le parloir ou devant la photo de sa femme ou de ses enfants dans un moment d’intimité ou de nostalgie. Bref, la cigarette compagne de tous les moments difficiles, compagne de tous les instants.
On se souvient tous au cinéma, du prisonnier condamné à mort à qui on tend la dernière cigarette avant son exécution.
D’ailleurs on fournit même, les cigarettes, à ceux qui ne peuvent pas les acheter par esprit de charité.
Quelles sont les répercussions du tabagisme sur les muqueuses buccales et les dents?
La nicotine et le goudron se déposent sur les dents et les colorent en jaune, marron ou noir selon l’épaisseur de la couche déposée. Résultat inesthétique et signe d’un manque de propreté.
Incommodante pour la vie sociale.
Par altération progressive des papilles gustatives, puis perte définitive du goût d’où le manque de plaisir à manger ce qui entraîne des carences en vitamine C et B12. Les os s’appauvrissent en calcium, notamment chez la femme.
La pipe entraîne une irritation du bout de la langue, la surface de celle-ci, devient irrégulière (apparition comme un petit bouton) ou l’installation d’une ulcération qui persiste puis devient douloureuse et indurée ; ceci arrive aussi avec les cigarettes sans filtre fumées jusqu’au bout.
Aux effets toxiques de la fumée s’ajoute celui des goudrons qui vont couler par le tuyau de la pipe jusqu’à la bouche augmentant la toxicité pour les lèvres et la langue favorisant l’apparition de leucoplasie ou de lichen-plan jugal.
Apparition de leucoplasie puis cancer notamment avec le tabac à chiquer.
Les cigarettes blondes favorisent les caries, car le PH de la fumée de tabac blond est acide. Ceci est du au mode de séchage des feuilles de tabac blond par flux d’air chaud (Jacques LE HOUEZEC), ce qui favorise les caries du collet.
En effet autrefois, un homme ou une femme qui perdaient leurs dents à 50 ou 60 ans était un phénomène normal, et ils ont commencés à fumer à plus de 20 ans. Mais actuellement avec les adolescents qui fument à 14 ans ou plus tôt, on observe des pertes de dents très fréquentes chez des jeunes entre 30 et 40 ans alors que l’hygiène est impeccable, par simple fonte de l’os alvéolaire. Le phénomène est d’autant plus insidieux que la limite gingivale est tout à fait normale.
Il n’y a pas de poches gingivales, seules les radios sont révélatrices du phénomène.
Puis un jour la récession gingivale se révèle brutalement, et une mobilité dentaire à progression spectaculaire entraîne la perte rapide des dents qui ont perdu leur soutient osseux.
La récession gingivale entraîne le déchaussement des dents, qui deviennent très sensibles au froid parfois au chaud au point que la simple respiration incommode les patients, cette douleur finit par rendre le patient irritable et cette douleur devient obsessionnelle au point que le patient ne rêve que de se faire extraire les dents pour retrouver le confort de manger, de parler, de respirer sans avoir mal. On résout momentanément le problème par la dévitalisation des dents devenues très sensibles mais, malheureusement la mobilité les gagne rapidement et entraîne leur perte.
Chez les non fumeurs, même avec une mauvaise hygiène et du tartre la fonte osseuse ou la récession gingivale n’est pas aussi importante et spectaculaire et avec un bon suivi, on arrive à une stabilité qu’on n’obtient pas chez les fumeurs.
Or en prison la population n’a pas un bon capital dentaire et elle le détruit encore plus rapidement avec le tabac.

Pour comprendre ces phénomènes, il faut savoir que le tabac dégage lors de sa combustion une fumée dont 3000 substances ont été identifiées.
Les principaux sont la nicotine, les goudrons et le monoxyde de carbone,
Le goudron est responsable du cancer de la gorge et de la bouche.
C’est la nicotine qui entraîne l’addiction et qui a un effet psycho stimulant.
La nicotine a un effet vaso-constricteur. Une mauvaise circulation va entraîner un manque d’irrigation des muqueuses qui deviennent pâles, hypertrophiées et cicatrisent mal à la suite d’une intervention. Qui dit mauvaise circulation dit terrain prépondérant à l’infection.
Par manque d’oxygène il y une altération et un vieillissement des tissus à cause des troubles circulatoires par l’augmentation du monoxyde de carbone ce qui favorise une polyglobulie.
Le dentiste est un interlocuteur privilégié auprès du patient. Il est le mieux placer pour  montrer au patient les méfaits du tabac : de la coloration des dents, à la récession gingivale, à la mobilité des dents et la perspective proche de leur perte définitive et toujours précoce. Il devrait avoir sa place dans les campagnes anti-tabac. Surtout en un temps où le look a son importance et le blanchiment des dents une mode, à condition qu’il lui en reste.
En milieu carcéral pourquoi ne pas plutôt privilégier le chewing-gum sans sucre à la cigarette? Il aurait un rôle bénéfique sur la réduction des caries et l’hygiène et il remplacerai avantageusement les bonbons qui nous font encore plus travailler en dégradant un peu plus l’état dentaire des détenus. De plus il paraîtrait avoir un effet anti-stress sur les muscles oro-faciaux.
Ne devrait-on pas inciter les jeunes détenus, de profiter de leur passage en prison pour se désintoxiquer ?
Sans parler du tabagisme passif pour les rares qui ne fument pas.
C’est un constat clinique que je fais, je ne sais pas s’il y a dans la salle des scientifiques qui ont fait des analyses plus poussées ou des confrères qui ont fait les mêmes constats ?

Bibliographie
Jacques LE HOUAZEC Les récepteurs nicotiniques.
Keep Smiling Infos pratiques /Drogue Tabac
Professeur Bertrand Dautzenberg , le tabagisme
J.M. Waite et J.D. Strahan Atlas de parodontie.